L'autodestruction est un excellent moyen de survivre.
Le téléphone sonnait depuis au moins deux minutes, mais je n'avais aucune envie de décrocher. Allongée dans notre lit anciennement conjugal, je scrute le plafond, cigarette en bouche, verre d'aspirine sur ma table de nuit, & boîtes de cachets jetés à même le sol. Ce fichu téléphone continue de sonner. J'aspire une bouffée, & observe mes yeux rougis dans le miroir face à mon lit. Étienne est parti. Je ne crois pas que je me rends encore bien compte de tout ce que ça va changer pour moi. Étienne, je l'aime encore. Parfois. Mais je n'ai plus le c½ur à ça. Comprenez, je suis une junkie, une droguée, une dépressive, une alcoolique, je suis détruite. De l'intérieur, de l'extérieur, bousillée, il n'y a plus rien à faire. L'espoir est mort en même temps que Lexy. C'était mon frère, mon aîné. Aujourd'hui,c'est ma douleur. Étienne me connaissait avant la mort de Lex'. Évidemment, sinon, comment aurait il pu commencer à m'aimer ? Avec ma tête actuelle, & mon comportement présent, il m'aurait même pas approcher. A vrai dire, à l'époque où je l'ai connu, nous nous retrouvions dans la même classe au lycée. Étienne, mon véritable amour. Mon âme s½ur, comme dirait tout ces fichus films à l'eau de rose, dont je cache ma passion pour eux. Et il m'a surtout vue me détruire. On en a vécu des crises tout les deux. Mes jalousies constantes, mes incertitudes, ses désirs, ses envies que je ne partageais pas forcément, mon passé qui empiétait sur notre présent, son avenir qui empiétait sur mon désir. En clair, nous étions pas capables de nous comprendre, et pourtant on s'aimait comme des fous. Aujourd'hui, malgré tout, c'était la dernière crise. Parce qu'il est parti. Et que de toute manière, j'ai plus la force de me disputer. Fatiguant pour moi, tout ces cris, tout ces hurlements, moi qui ne rêve que de me shooter, encore & encore. Le téléphone se remet à sonner, mais les médicaments font maintenant effet. Je reviens quelques années auparavant. Notre rencontre.
2008. Lundi. 2 Septembre. Seconde 2. Lycée Émile Muller. Mulhouse.
Je suis assise au fond de la classe, je viens d'arriver. Tout les élèves ne sont pas encore rentrés, mais déjà, ceux présents, me sourient. Une blonde, au troisième rang, attire mon attention. Je sens immédiatement que nous allons nous entendre. Elle s'appelle Ariane, à ce que j'ai cru entendre. Du haut de mon mètre soixante-deux, je suis blonde. Belle. Je ne m'en vante pas. J'en ai strictement rien à faire. Ma vie se résume à mon frère. Lexy. Deux rires se font entendre, & deux jeunes hommes entrent. L'un est blond, fumeur sûrement, & complètement défoncé. Pour la rentrée, c'est du beau tiens. Le second attire mon attention. Il est bouclé, brun, a des yeux pétillants, qui d'un seul coup, se pose sur moi. Je rougis, & baisse le regard. Je le sens sourire, & il s'installe à côté de moi. Je vais pouvoir me sentir gênée toute la matinée. G-é-n-i-a-l ! .
- Étienne.
- Lyra.
Oui, enchanté.
Présent.
Je sens mes larmes sur mes joues. J'ai envie de vomir. Je me lève, j'ai la tête qui tourne. J'ai chaud. Je tangue. Je me dirige vers les toilettes, je me retiens aux murs. Je respire un grand coup, & dégueule mes tripes dans la cuvette.
Pauvre fille. Je suis une pauvre conne.
_____________________________________________________________
Des questions ? Allez y. Joyeuses Pâques .
Amicalement . C_